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Etienne LUROIS

Agriculteur, EARL Clos du Bourg

 

 

Date : septembre 2011

Quel est votre parcours et activité actuelle ?

Originaire du monde agricole, j'ai débuté ma carrière après une formation agricole en succédant à mes parents en 1989 sur l'exploitation familiale. Située en Picardie, celle-ci était principalement orientée vers les productions végétales. Après deux ans d'installation, j'ai fait en compagnie de mon épouse un choix de vie en m'orientant vers la production cidricole, choix motivé par la recherche d'autonomie en direction d'une production plus créative et plus valorisante à mes yeux que des productions très encadrées par la politique agricole commune et lié à un développement de l'exploitation se limitant à un hypothétique agrandissement. Pour ces raisons, j'ai laissé ma part d'exploitation à mon frère et avons mon épouse et moi-même migré vers le Pays de Bray pour y construire depuis maintenant 20 ans l'exploitation Clos du Bourg.


Cette exploitation est composée de 8 ha de vergers de pommiers conduits en agriculture biologique depuis 1997. Les pommes produites sont transformées sur place en cidre, jus de pommes, vinaigre, calvados et pommeau de Normandie. Produits qui sont ensuite distribués sur place ainsi qu'à travers un réseau d'épiceries, de cavistes, de restaurants mais également de collectifs de consommateurs comme les Amaps.


Depuis quelques années, une petite production de légumes tente aussi de se développer dans le but de répondre à la demande croissante et souvent insatisfaite localement. Cette diversification s'inscrit aussi dans la volonté de relocaliser l'économie en acceptant de produire chez nous des légumes qu'il est si facile d'importer à bas prix mais dont nous connaissons les conditions inéquitables de production et de mise en marché.

 

Quels sont les fondements de votre projet ?

Depuis maintenant un certain nombre d'années, l'occasion m'a été donnée de croiser des personnes, qui comme moi sont en recherche d'un idéal de vie et pense que l'agriculture par sa fonction nourricière peut répondre à cette volonté d'agir concrètement en vue changer un peu le monde. Je les rejoins dans leurs motivations et pense qu'il est urgent de faciliter l'accès en agriculture de ces personnes souvent non issues de ce milieu, cela d'autant plus que l'évolution sociale du monde agricole ne permet plus un renouvellement suffisant des agriculteurs, notamment pour les productions les plus contraignantes comme peuvent l'être l'élevage ou le maraîchage. Les conséquences déjà visibles de la diminution du nombre d'agriculteurs ne vont qu'accentuer l'industrialisation et la financiarisation de l'agriculture. Situation paradoxale, au moment où la société prend conscience des enjeux de l'agriculture et plébiscite une agriculture plus environnementale et plus sociale.


Cependant, réussir son installation reste difficile et ne doit pas rester une utopie . Le besoin de capitaux est élevé et la rentabilité des investissements souvent faible, ce qui ne rassure pas les financeurs et fait prendre beaucoup de risque à ceux et celles qui ose se lancer. Trouver des terres représente un second frein. Se former, notamment du point de vue pratique ne s'improvise pas, surtout lorsqu'il faut composer avec un milieu vivant et une nature parfois capricieuse variant au fil des saisons.
Heureusement, des organisations de plus en plus légitimes (Terres de liens, Amaps) proposent des alternatives très concrètes pour accompagner ces installations mais mon expérience m'amène à penser qu'il faut repenser le métier d'agriculteur à l'image de ce qui se produit dans le secteur de la médecine en milieu rural. Comme pour le médecin isolé, la charge de travail amène l'agriculteur à s'auto exploiter et se marginaliser par rapport au reste de la société. Raison suffisante pour dissuader les prétendants à l'installation et favoriser l'agrandissement de structures qui ne seront à la longue transmissibles qu'à des financiers…

Pourtant, il existe dans d'autres secteurs d'activités des dispositifs comme les couveuses d'activités qui permettent de tester ses compétences avant de franchir le pas de l'installation.
La coopérative d'activité et d'emploi (CAE) permet de prolonger le dispositif du test d'activité en rendant possible l'exercice d'activités individuelles au sein d'une « entreprise partagée » de statut scop (société coopérative de production). En mutualisant les charges, tout en favorisant une solidarité au sein de la structure, il devient alors possible de s'installer à moindre frais en prenant moins de risques tout en maintenant des activités à dimension humaine.

 

Avez-vous des projets de développement ?

Dans le cadre du dernier appel à projet ESS de la région Haute Normandie un projet a été déposé afin d'expérimenter sur la base de l'exploitation Clos du Bourg, une coopérative d'activités et d'emplois à vocation agricole et rurale, cela dans le but de faire reconnaître ce statut en agriculture. Il est en effet surprenant qu'il n'existe pas de coopérative de production dans le secteur agricole.
Deux personnes, pour le moment salariées de l'exploitation sont en attente d'installation dans ce cadre.

 

Quels sont vos souhaits de développement pour les entreprises sociales et solidaires en Haute-Normandie ?

Dans le contexte de crise de société que nous connaissons, favorable à la reconnaissance des vertus de l'économie sociale, j'espère que les principes d'économie sociale seront respectés afin de ne pas assister à la banalisation de ce secteur. Je pense en particulier au principe de la double qualité, faisant que les usagers des entreprises concernées en sont aussi majoritairement les sociétaires, ce qui constitue l'unique garantie en faveur d'une gouvernance démocrative au service de l'intérêt général.
 

Comment envisagez-vous votre implication au sein de l'ADRESS ?

Elle correspond à mon attachement à des valeurs humanistes et donc en faveur d'une finalité sociale de l'économie. Adhérer à l'ADRESS permet une mise en réseau des initiatives régionales. C'est aussi un lieu de rencontre et de formation.

 

Une publication conseillée
L'économie sociale, Utopies, Pratiques, Principes et Rendre possible un autre monde de Jean François Draperi aux éditions presses de l'économie sociale.

Il s'agit de deux petits ouvrages très pédagogiques permettant à partir de rappel historique de comprendre les origines et les enjeux de l'économie sociale.

 

Site internet conseillés
www.recma.org/ Site de la revue Recma publiant des travaux scientifiques consacrés à la coopération et à l'économie sociale.

 

Contact
Etienne Lurois
195 chemin de la source
76270 Saint Saire
luret@orange.fr

 

 

Voir aussi la fiche secteur d'activité « Alimentation » publiée par l'ADRESS
 

 

 

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